1. Lieu évènementiel et concepts plasmateurs de sens.

Bienvenue sur ce forum qui espère susciter, favoriser la pensée, l’échange et le dialogue. Commencer, ouvrir un chemin n’est jamais tâche facile. Quelle direction prendre? L’un des premiers et grands « philosophes de l’existence », Kierkegaard, prit comme point de départ de sa réflexion un évènement de sa vie – ses fiançailles, pour prendre conscience, rompre et s’adonner à ce qui lui parut essentiel : sa relation à la transcendance.

Je vous propose dès lors pour ce premier thème de forum

  • de questionner nos vies pour en saisir « le lieu évènementiel » qui nous a mis en contact, en résonance avec la nécessité de « l’exister », la pensée de l’existence.
  • de sonder les concepts essentiels qui se sont forgés au fil de nos vécus et méditations…
  • Durant l’enfance et l’adolescence, j’ai toujours ressenti une « absence » – sensation paradoxale, signifiance insignifiable – qui, présence en tant qu’absence, me confirmait l’insignifiance des présences qui m’entouraient. L’enseignement, à quelques mois d’intervalles dans les années 78-79, des Prs. De Waelhens, Jonckheere, Kuhn et Maldiney révélèrent, dans un premier temps, non pas une pensée, un courant thérapeutique mais l’avènement, la manifestation d’une manière d’être qui éclaira mes impasses, d’un chemin d’espoir dans ma propre vie, d’une écoute qui me toucha et touche encore, de paroles qui, depuis, intelligibilisent mes intuitions. La Rencontre, décisive, d’Elsa et Henri Maldiney dans la durée et l’Instant m’insuffla l’énergie d’intégrer, au-delà de l’intonation, les concepts fondateurs et dynamiques qui soutiennent l’exister. Il s’agit inlassablement d’harmoniser théorie et pratique, vécu et concept : apprendre, déconstruire, éprouver, ad-venir.
    Les philosophies de l’existence ne se recoupent pas en un corpus cohérent, en un système utilisable. Influencées par de nombreuses pensées, - pour ma part la phénoménologie, fragilisées par des paradoxes fondateurs, des ambiguïtés troublantes, elles se renforcent l’une l’autre à l’aune d’une atmosphère unique et singulière qu’inaugure la relation qui s’impose à l’existant, celle de son rapport à la transcendance. Point de croyance mais le questionnement du comment je me relie à ce qui me dépasse. Kierkegaard, Jaspers, Heidegger, Sartre, Maldiney - pour ne citer qu’eux – nous ouvrent des voies de réflexion. L’existence ne se laisse pas définir dans la mesure où l’existant, tourné vers ses possibles, n’est pas mais a à être. Nous nous démarquons de la philosophie séculaire de l’essence, de la substance. L’existence implique séparation et distance, multiplicité, plurivocité, ouverture. Être hors de soi, hors de ses croyances pour s’ouvrir-au-monde-avec-les-autres.
    Cette première ouverture à l’échange ne se veut pas une synthèse des auteurs mais un partage de mes propres fondements ou du moins trois d’entre eux.

  • La transcendance. Le concept est ambigu et plurivoque. Je l’ai abordé à une époque où j’avais consommé ma rupture avec les religions et dès lors pris mes distances avec des penseurs trop inféodés. En se voulant prosélytes, les religions ont vulgarisé l’invulgarisable et, dès lors, voilé ce qu’elles espéraient révéler. Leur ingérence outrancière et souvent violente a privé l’homme de sa liberté de penser et l’a protégé du péril de se perdre pour advenir. Aujourd’hui, j’ai déconstruit, me suis apaisé : de Maïmonide à Eckhart en passant par Heidegger, sans juger, se mettre à l’écoute non des mots mais de ce qui les sous-tend. Ne plus enfermer la sensation dans un signifiant qui ostraciserait les autres mais rester ouvert. Je ressens la transcendance comme un cheminement de ce que je ne peux qu’accueillir, jamais posséder ; un cheminement qui me permet d’intégrer ma finitude, ma fragilité, mes impuissances, mon sans-fond sans pour autant déprimer ou m’effondrer. Les concepts de « péché », de « faute », « d’être-en-dette » se sont effacés sous celui d’ « humilité ». L’humilité - désencombrement de l’égo, me semble fondamentale pour permettre la transpassibilité, l’accueil de l’imprévisible dont l’autre demeure une des clefs de voûte.
  • Néant & Être & Vacuité : L’existence, comme le soulignent certains, ne peut être pensée sous peine d’agoniser, faute d’ouverture, de possible et d’étonnement. Ne pourrions-nous inaugurer une pensée qui puisse penser l’existence, une pensée qui se veut existante elle-même ? La pensée ne dépend pas des logiques ou principes classiques qui ont régi l’Occident, permis l’apogée de l’emprise de l’étant et mené les penseurs de l’Être à l’échouement. La pensée n’a de limites que celles qui s’infligent au penseur. Elles sont nombreuses et redoutables. Les grands penseurs les reculent jusqu’aux frontières de l’impensable, voire au-delà. Impensables, l’Être, le néant, la Vacuité, ne le sont-ils pas ? Impensables ou inexprimables ? Quoi qu’il en soit, ils nous convoquent à l’impossible. Impossible à transpossibiliser. Je vous renvoie à Chestov ou Maldiney. N’est-il pas essentiel de pouvoir échanger sur ces notions fondamentales de l’existence qui demeurent impensées, tout juste abordées ? Le néant et l’Être ne peuvent s’identifier comme pouvait le laisser supposer Hegel ou différemment Heidegger même s’ils s’apparentent à un même niveau d’entendement. La présence du néant « permet » à l’Être de s’exprimer dans l’étant. Ils forment une tripartite interdépendante. En tant que transconcepts, ils ne se thématisent pas plus qu’ils ne sont agent ou objet. Ils relèvent de cette signifiance insignifiance, ce Rien qui se phénoménalise sans devenir Res. La répétition qui touche inlassablement cette dynamique ( Silence-absence-indétermination ; expression-phénoménalisation-présence-étantification ; déconstruction-néantisation… pour retrouver Silence-Absence-indétermination) peut connaître, à l’aune de l’évènement, la puissance de la fracture et nous mettre en demeure d’entamer un cheminement de conscience qui nous mènera, me semble-t-il, vers un appel à la Vacuité. La Vacuité rompt cette chaîne de causalité pour mener la déconstruction, la néantisation vers une nouvelle forme de silence, d’absence ou d’indétermination qui, transcendée par le cheminement, transporte l’apophantique vers l’apophatique. Au-delà de l’abstraction, épurer. Pour ne pas tomber dans le piège de la théorisation radicale, des détours s’imposent. Les miens sont la rencontre de l’art et la cérémonie du thé (Cha No Yu), celle-ci impliquant une initiation à la pensée orientale en général, japonaise en particulier, celle-là m’ayant conduit pas à pas vers l’expressionnisme abstrait : Rothko, Newman, Still ou l’aphairésis : Malevitch. Nous y reviendrons.
  • L’intime : Au fil et dans l’écart de ces trente années de cheminements philosophique et thérapeutique, Nishida (Basho) et Platon (Khora) me confrontèrent à la nécessité du Lieu, un lieu à habiter (Heidegger), un lieu à partir duquel peut se déployer la pensée et le penseur. L’exister a bâti l’intime que je comprends comme le lieu que j’habite de mon impuissance à y être. Il est devenu le fil conducteur du roman que je suis en train d’écrire.
  • J’en ai déjà trop dit. Je suis très heureux que ce site devienne enfin interactif, qu’il vous donne la parole, qu’il nous permette d’échanger… Le site ne présentera qu’un seul thème de discussion à la fois mais vous pourrez toujours continuer à réagir sur les thèmes précédents qui ont été stockés dans la thémathèque. Si vous désirez lancer un thème de discussion, veuillez nous le faire parvenir par notre boîte mail.

    Ado – 9 avril 2011




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